Famine de 2017 au Soudan du Sud

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Carte de la situation alimentaire du Soudan du Sud en février 2017.

Une situation de famine au Soudan du Sud a été officiellement déclarée le 1. La déclaration émane de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) et du Programme alimentaire mondial (PAM)2,3. Cette famine affecte particulièrement l'État de l'Unité3 et si, stricto sensu, elle ne touche qu'une partie de la population, une grande partie du Soudan du Sud est cependant exposée à la disette. Ainsi, la FAO évalue-t-elle, en février 2017, à 4,9 millions les personnes sujettes à une insécurité alimentaire de crise3. Le Soudan du Sud est un pays indépendant depuis le 9 4 et il est plongé dans une guerre civile depuis .

Contextemodifier | modifier le code

Carte des réseaux de transport de l'État de l'Unité, janvier 2013.
Concessions gazières et pétrolières au Soudan en 2004.
Article connexe : Guerre civile sud-soudanaise.

Avant son indépendance, le Soudan du Sud a connu une famine en 1998, cependant l'état de famine n'a jamais été déclaré entre 2011 et 2017. Le Soudan du Sud fait partie des pays qui souffrent de famines imminentes en 2017 comme le Yémen, la Somalie et le nord-est du Nigeria5, mais une déclaration formelle suppose que les critères suivants soient remplis6 :

  • 20 % des foyers souffrent d'une pénurie alimentaire extrême ;
  • 30 % de la population souffre d'une malnutrition extrême ;
  • au moins 1 habitant sur 5 000 meurt chaque jour.

Le , une publication de l'IPC (Integrated Food Security Phase Classification) rapporte que 4,9 millions de Sud-Soudanais, 40 % de la population, ont besoin d'une aide urgente en matière de nourriture, d'agriculture et de nutrition. Le rapport concerne 23 pays, dont 14 ont dépassé le seuil d'intervention d'urgence fixé à 15 % de personnes souffrant de malnutrition7.

Le programme alimentaire mondial avait mené des opérations de secours durant la guerre civile sud-soudanaise, limitant le risque de famine dans les autres zones, telle la région de Bahr el-Ghazal8. Bahr el-Ghazal avait été la région la plus gravement touchée par la famine de 1998, quand elle fut frappée par une sécheresse qui dura deux ans, par une interdiction des parachutages humanitaires, par des restrictions de mouvement visant les personnes déplacées, par la confiscation de bétail et par la destruction des magasins d'alimentation9.

Un rapport des Nations unies de 2016 décrit l'État d'Unité comme le lieu d'affrontements continuels durant la guerre civile, car il a « une grande importance économique du fait de ses ressources en pétrole, mais aussi parce qu'il est un État où prédominent les Nuer, dans un conflit qui opposait les ethnies dominantes, les Dinka et les Nuerstrad 1,10,note 1. » Durant les années qui ont précédé la famine de 1998, pendant la seconde guerre civile soudanaise, l'État d'Unité a connu des pillages et des incendies ainsi que des déplacements forcés de population à l'occasion des combats destinés à s'assurer du contrôle des réserves de pétrole11. On estime qu'en 1998, 12 000 personnes mourraient de faim dans le bloc 5A, une zone qui en abritait 240 000 au total ; 160 000 auraient été déplacées de force12. L'instabilité est la cause majeure de la faible production de pétrole au Soudan du Sud depuis 201213.

Progression de la faminemodifier | modifier le code

En février 2015, le programme alimentaire mondial notait un risque de sécheresse au Soudan du Sud et dans d'autres pays proches, à cause du phénomène El Niño. Le rapport notait aussi que le Soudan du Sud connaissait « un très bon début de saison agricoletrad 2 » et que le pays pourrait être une exception dans le tableau pessimiste des prédictions concernant la zone pour la période de juillet à septembre 201514.

En juin 2015, le Famine Early Warning Systems Network (« réseau d'alerte avancé contre la famine ») notait une flambée des prix agricoles et une augmentation du nombre de ménages susceptibles de se trouver face à une famine catastrophique. Cela s'expliquait en partie par des considérations économiques, dont l'augmentation du coût des transports, une baisse de la livre sud-soudanaise, passée de 6,1 à 11,5 pour un dollar américain ainsi que la perte du crédit gouvernemental qui permettait d'importer de la nourriture au taux de change officiel de 2,9 livres pour un dollar. À cette date, 8 % des foyers du conté d'Ayod et 1,4 % de ceux du Mayendit présentait un score de 5 sur 6, ce qui était inférieur au seuil de 20 % qui aurait entraîné la déclaration régionale de famine15,16.

En septembre 2015, le comté de Leer, fief du leader rebelle Riek Machar, et futur épicentre de la famine, est vidé de son bétail et de sa population qui fuit les massacres et les incendies des maisons et des champs ; la sécheresse contribue à la situation du fait de la baisse de la production agricole qu'elle entraîne et aussi parce qu'elle réduit la durée de la pause dans les combats qui intervenait habituellement durant la saison des pluies17.

En janvier 2016, un rapport de l'OMS note que « les conditions existantes peuvent conduire à la faminetrad 3 » du fait de la sécheresse dans la partie centrale et orientale du pays18.

En mars 2016, les Nations unies rapportent que l'armée du Soudan du Sud n’a pas été payée en monnaie mais avec une politique de « faites ce que vous pouvez et prenez ce que vous pouveztrad 4 », qui autorise les soldats à confisquer le bétail et les autres possession et conduit au viol et au meurtre des femmes civiles en guise de salaire19. Le rapport décrit que tous les belligérants, en particulier les forces du SPLA et les milices alliées mènent des attaques ciblées contre des civils en fonction de leur appartenance ethnique, détruisant systématiquement villes et villages10. Le rapport conclut que ces abus « laissent penser qu'il s'agit d'une stratégie délibérée visant à priver les civils vivant dans la zone de tous moyens de subsistance et de support matérieltrad 5,20 . »

En août 2016, le Sud-Soudan est en proie à une crise alimentaire « presque entièrement causée par l'homme », devant plus au blocage de l'aide alimentaire qu'à la sécheresse. Dès ce moment, près de 25 % de la population du pays nécessite une aide alimentaire urgente21.

Conséquencesmodifier | modifier le code

Le , les Nations unies déclarent l'état de famine dans l'État d'Unité au Soudan du Sud, et avertissent qu'elle pourrait s'étendre si des actions ne sont pas engagées. Le programme alimentaire mondial annonce que 40 % de la population sud-soudanaise, soit 4,9 millions de personnes, nécessitent une aide alimentaire d'urgence22,6, et qu'au moins 100 000 sont en danger imminent de mourir de faim23. L'ONU déclare que le président Salva Kiir bloque la livraison de nourriture à certains endroits24, bien qu'il ait déclaré, le , que son gouvernement permettrait un accès sans entrave à l’aide humanitaire25. En outre, certaines parties du Soudan du Sud n'ont pas connu la pluie depuis deux ans26. Selon Serge Tissot, représentant de la FAO, « nos pires craintes se sont réalisées. Beaucoup de familles ont épuisé tous leurs moyens de survie. Ces gens sont majoritairement des agriculteurs et la guerre a perturbé l'agriculture. Ils ont perdu leur bétail ainsi que leurs outils. Pendant des mois, ils ont été dépendants des plantes qu'ils pouvaient trouver et des poissons qu'ils pouvaient attrapertrad 6,8. » Les rapports avertissent aussi sur le fait qu'environ 5,5 millions de personnes, la moitié de la population du Soudan du Sud, sont susceptibles de souffrir de la faim et de l'insécurité d'ici à juillet 2017. Selon le représentant de l'UNICEF pour le Soudan du Sud, plus de 200 000 enfants risquent de mourir de malnutrition dans le pays27.

Actions palliativesmodifier | modifier le code

En 2016 plusieurs agences des Nations unies intensifient leurs efforts, atteignant un nouveau record dans l'aide au Soudan du Sud en aidant 4 millions de personnes avec 265 000 tonnes d'assistance alimentaire et 13,8 millions de $ d'aide financière8. Selon Justin Forsyth (en), Directeur exécutif adjoint du Fonds des Nations unies pour l’enfance, « personne ne devrait mourir de faim en 2017. Il y a assez de nourriture dans le monde, nous avons des capacités suffisantes en termes humanitaires. Au Soudan du Sud, l'UNICEF possède 620 centres d'aide alimentaire pour les enfants sévèrement malnutris, de sorte que les endroits où les enfants meurent de faim sont ceux où nous ne pouvons aller ou ceux dans lesquels nous ne pouvons nous rendre qu'épisodiquement. Si nous y avions accès, nous pourrions sauver toutes ces vies d'enfantstrad 7,28. »

Le , le Royaume-Uni déclare qu'il proposera 100 millions de £ d'aide au Soudan du Sud, tandis que l'Union européenne déclare vouloir envoyer l'équivalent de 69 millions de £29.

Notes et référencesmodifier | modifier le code

Crédits de traductionmodifier | modifier le code

Traductionsmodifier | modifier le code

  1. (en) « great economic and symbolic importance because of its vast oil resources and also as a predominantly Nuer state, in a conflict that has pitted the two dominant tribes, Dinkas and Nuers against each other »
  2. (en) « experiencing a very good start to the agricultural season »
  3. (en) « existing conditions may lead to famine »
  4. (en) « do what you can and take what you can »
  5. (en) « suggests a deliberate strategy to deprive the civilians living in the area of any form of livelihood or material support »
  6. (en) « Our worst fears have been realised. Many families have exhausted every means they have to survive. The people are predominantly farmers and war has disrupted agriculture. They’ve lost their livestock, even their farming tools. For months there has been a total reliance on whatever plants they can find and fish they can catch. »
  7. (en) « Nobody should be dying of starvation in 2017. There is enough food in the world, we have enough capability in terms of the humanitarian community. In South Sudan, UNICEF has 620 feeding centres for severely malnourished children, so the places where children are dying are places we can't get to, or get to only occasionally. If there was access, we could save all of these children's lives. »

Notesmodifier | modifier le code

  1. On peut trouver une carte ethnique du Soudan du Sud, sur le site de l'Université de Columbia.

Référencesmodifier | modifier le code

  1. « L’état de famine déclaré dans plusieurs régions du Soudan du Sud », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  2. Yohan Blavignat, « Le Soudan du Sud déclaré en état de famine », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  3. a, b et c Célian Macé, « Au Soudan du Sud, une famine née de la guerre », Libération,‎ (lire en ligne)
  4. « L’indépendance du Soudan du Sud officiellement proclamée - RFI », RFI Afrique,‎ (lire en ligne)
  5. « Quatre pays risquent la famine en 2017, c’est sans précédent », France 24, 21 ffévrier 2017
  6. a et b (en) « South Sudan declares famine in Unity State », BBC News,
  7. (en) « Republic of South Sudan: Current and Projected (January-July 2017) Acute Food Insecurity Situation », Integrated Food Security Phase Classification,
  8. a, b et c (en) « Famine declared in parts of South Sudan », Sudan Tribune,
  9. (en) « Bahr El Ghazal and the Famine of 1998 », Human Rights Watch
  10. a et b (en) « Assessment mission by the Office of the United Nations High Commissioner for Human Rights to improve human rights, accountability, reconciliation and capacity in South Sudan: detailed findings », Bureau du haut-commissaire et du secrétaire-général des Nations unies,
  11. (en) « Sudan, Oil, and Human Rights », Human Rights Watch,
  12. (en) Lisa Abend, « Was a Swedish Firm Complicit in Sudan's War? »,
  13. (en) James Burgess, « War-Torn South Sudan To Resume Oil Production In July », sur oilprice.com,
  14. (en) « El Niño: Implications and Scenarios for 2015 », Programme alimentaire mondial
  15. (en) « Famine watchdog warns some people 'likely' to starve in southern Unity State »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Radio Tamazuj,
  16. (en) « Some households face Catastrophe as food aid delivery remains blocked and prices spike », Famine Early Warning Systems Network,
  17. (en) Alastair Leithead, « South Sudan's men of dishonour », BBC,
  18. (en) « El Niño and health: South Sudan overview », Organisation mondiale de la santé,
  19. (en) « South Sudan: Women raped 'as reward for fighters' », BBC,
  20. (en) « South Sudan: UN report contains “searing” account of killings, rapes and destruction », United Nations Human Rights Office of the High Commissioner,
  21. (en) « Drought and war spark famine across Horn of Africa and South Sudan », Deutsche Welle,
  22. (en) « Famine Hits Parts Of South Sudan », Programme alimentaire mondiale,
  23. (en) « In South Sudan, People Are Dying Of Hunger As Civil War Continues », (consulté le 27 février 2017)
  24. (en) « Famine declared in part of South Sudan by government and UN », WHIO,
  25. (en) « South Sudan promises ‘unimpeded’ aid access amid famine », The Washington Post, (consulté le 27 février 2017)
  26. (en) « Famine gripping Somalia and South Sudan », ABC News,
  27. (en) « Famine declared in part of South Sudan by government and UN », Johnson City Press (consulté le 27 février 2017)
  28. (en) « Why are there still famines? », BBC,
  29. (en) « UK and EU pledge £170m in aid to combat famine in South Sudan », The Guardian, (consulté le 28 février 2017)